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L'Université française devient-elle une auberge chinoise ? par Jean-Pascal Gayant
Depuis une dizaine d'années, le nombre d'étudiants chinois dans les universités françaises a explosé : alors qu'ils étaient moins de 2 000 en 1999, ils seraient plus de 22 000 aujourd'hui et même plus de 35 000 dans l'ensemble de l'enseignement supérieur français selon l'ambassadeur de Chine en France. L'une des réactions les plus courantes est de se féliciter de l'attractivité du système français d'enseignement supérieur, même s'il convient de tempérer ce satisfecit en constatant que la France accueille néanmoins moins d'étudiants chinois que les Etats-Unis et le Royaume-Uni (ou même l'Australie, selon certaines sources statistiques). Les soupçons de trafics de diplômes, ici ou là, viennent égayer les gazettes mais sans réellement infléchir la tendance lourde qui voit les universités françaises accueillir chaque année un nombre de plus en plus élevé d'étudiants originaires de l'Empire du Milieu.
On s'étonne à peine que notre grand voisin allemand, pourtant grand exportateur de biens manufacturés vers la Chine, n'accueille que 4 000 de ses étudiants par an, quota imposé par la tutelle. L'existence d'un tel quota dans un pays qui, à l'inverse des pays anglophones, a fait le choix de la quasi-gratuité des études supérieures, ne manque pas de susciter un certain intérêt. La France, qui a historiquement fait (et maintenu) un choix similaire, continue d'accueillir aux frais de son contribuable ces vagues grandissantes d'étudiants issus d'un pays dont le dynamisme économique contraste avec la morosité de l'activité sur le Vieux Continent et l'incapacité de certaines de ses nations à résorber leurs déficits publics.
Rappelons quelques chiffres. Le coût annuel moyen de la scolarité d'un étudiant dans l'université française est de 9 132 euros selon les dernières données du ministère de l'éducation. L'étudiant, qu'il soit français ou étranger, doit seulement acquitter 175,57 euros pour une année de licence et 235,57 euros pour une année de master (hors sécurité sociale étudiante). Ainsi, pour chaque étudiant chinois accueilli, le contribuable français dépense en moyenne près de 9 000 euros, soit plus de 200 millions d'euros pour l'ensemble de ces étudiants. Ce chiffre peut paraître dérisoire au regard des 178 milliards d'euros du déficit annuel des comptes publics, mais il ne manque pas d'étonner quand on s'interroge sur le bien-fondé de cette généreuse subvention.
La tradition d'accueil d'étudiants étrangers dans l'université française est ancienne et fondée sur d'excellentes motivations : aide au développement, universalisme, contribution à l'amitié entre les peuples… Elle est aussi motivée par des considérations plus mercantiles : un futur homme d'affaires ou un futur décideur politique étranger sera sans doute toujours bienveillant à l'égard des produits "made in France" s'il a effectué tout ou partie de ses études dans l'Hexagone. A ce titre, les millions d'euros dépensés par le contribuable français peuvent faire figure d'investissement en retenant l'hypothèse que cette dépense est la promesse de marchés futurs. Enfin, la diffusion des valeurs démocratiques passe certainement plus par la persuasion douce des élites en devenir que par le discours lénifiant et intrusif de vieilles puissances coloniales…
Le citoyen et l'universitaire que je suis souhaite néanmoins soulever la question suivante : le financement des études d'enfants issus de milieux relativement favorisés d'un pays connaissant une croissance annuelle à deux chiffres (et dont il devient difficile de prétendre qu'il est encore un pays en voie de développement) par le citoyen d'un Etat qui vit au-dessus de ces moyens depuis trente ans et qui connaît la pire crise économique de son histoire récente a-t-il un fondement économique, politique ou philosophique ? Je sais ne pas pouvoir compter sur le système universitaire français pour apporter une réponse lucide et objective à cette question : les moyens attribués aux établissements demeurant largement fondés sur les effectifs d'étudiants et sur leur réussite aux examens, l'incitation à réguler les flux d'étudiants chinois sera toujours marginale. En outre, les réponses que l'on peut préconiser – limites quantitatives ou modulation des droits d'inscription universitaires en fonction de la nationalité ou des revenus des parents – sont tellement sulfureuses que les universitaires soucieux de leur respectabilité n'ont guère intérêt à les suggérer. Il est donc opportun que le législateur s'empare de cette question et que la tradition d'accueil d'étudiants étrangers en France ne soit pas remise en cause, à terme, par les errements d'une Université devenue auberge chinoise…
Jean-Pascal Gayant est professeur de sciences économiques, ancien doyen de faculté et ancien vice-président d'université.
Le Monde.fr
Classement de Shanghaï : une université française dans les quarante premières
Le verdict est tombé. Le classement de Shanghaï des 500 meilleures universités en recherche vient d'être publié pour 2009. Présenté officiellement le 4 novembre, il est d'ores et déjà accessible en ligne.
L'université Jiao Tong a pour la première fois retenu une française dans son "top 40". Pierre-et-Marie-Curie (Paris-VI) arrive en effet 40e, améliorant son score de deux places par rapport à 2008. Autre évolution positive, l'université Paris-Sud (Paris-XI) passe de la 49e à la 43e place, faisant un bond assez exceptionnel. L'Ecole normale supérieure (ENS) vient compléter ce trio gagnant en décrochant une 70e place et en améliorant du même coup son score de deux places depuis 2008.Entre 2003, date du premier classement chinois, et cette année, ces établissements ont gagné respectivement 25 places, 29 places et plus d'une trentaine pour l'ENS.
CINQUIÈME NATION
Ce classement, fondé exclusivement sur des critères liés à la recherche dans le domaine des sciences exactes et des sciences de gestion, reste très largement dominé par les américaines. Harvard, Stanford, Berkeley confisquent, en effet, les trois premières places du classement mondial. Plus généralement, les américaines occupent 17 des 20 premières places, laissant des miettes aux traditionnelles britanniques que sont Cambridge (4e) et Oxford (10e) et à l'université de Tokyo au Japon.
Derrière le trio des parisiennes, d'autres françaises tirent leur épingle du jeu. Strasbourg, Paris-VII, Grenoble-I et Paris-V s'installent entre la 100e et 200e place. Et, au total, ce sont 23 universités hexagonales qui sont classées dans les 500 meilleures au monde, positionnant la France à la 5e place des nations.
L'intérêt de ce millésime 2009 réside surtout dans la publication de classements spécifiques dans cinq grandes disciplines : chimie, physique, mathématiques, informatique et économie-gestion. Et ce détail illustre assez bien les forces et les faiblesses de l'université française. En mathématiques, champ traditionnel d'excellence de la recherche française, sept universités occupent les 100 premières places. Derrière Princeton se distinguent Paris-XI (6e) et ses médailles Fields; Paris-VI (7e); Paris Dauphine (35e) et l'ENS (47e). Au-delà de la 50e place, mais avant la 100e, on trouve Polytechnique, Rennes-I, Strasbourg et Aix-Marseille-I. "En mathématiques ou en physique, ce genre de classement nous permet de valider les axes forts sur lesquels on travaille", assure Guy Couarraze, président de Paris-Sud.
En physique, Paris-Sud pointe à la 19e place d'un classement dominé par Harvard, quand l'ENS (34e), Grenoble-I et Paris-VI viennent compléter ce palmarès disciplinaire. En chimie, c'est Strasbourg qui se pose en première française. Avec son Prix Nobel, Jean-Marie Lehn, la grande université de l'Est s'installe à la 15e place d'un classement là encore écrasé par Harvard.
Côté faiblesses, les hexagonaux ne brillent ni en économie et gestion ni en informatique. L'Insead, l'école de commerce de Fontainebleau (40e), et l'université Toulouse-I (entre les 76e et 100e places) sont les seules à s'illustrer en économie. Et en informatique, aucune française n'arrive dans le "top 100". Et pour cause, dans ces disciplines, la recherche se fait ailleurs qu'à l'université.
Sur Internet : www.arwu.org
Jumelages et accords franco-chinois
Le tableau ci-dessous recense les principales relations existant entre collectivités territoriales françaises et chinoises identifiées par cette ambassade, en liaison avec les consulats généraux. Le classement suit l’ordre alphabétique des provinces et municipalités autonomes (en caractère gras). Les partenariats formalisés, mais considérés comme obsolètes par la collectivité territoriale française concernée, sont indiqués pour mémoire et sont signalés par le sigle *.
GuangdongCantonFoshanShenzhenZhanjiang P.A.C.A. Protocole d’accord 1985
Lyon Jumelage 1988
Dordogne Contacts
1986
Vienne Accord de coopération 1994
Nantes Contacts
1987
| Partenaire chinois | Partenaire français | Type de relation | Date de fondation |
| Anhui | Franche-Comté | Protocole d’accord | 1987 |
| Chongqing | Toulouse | Jumelage | 1984 |
| Fujian | Basse Normandie | Jumelage | 1990 |
| Xiamen | Nice | Protocole d’amitié | 1998 |
| Xianyang | Le Mans | Pacte d’amitié et de coopération | 2001 |
| Guangdong | P.A.C.A. | Protocole d’accord | 1985 |
| Canton | Lyon | Jumelage | 1988 |
| Foshan | Dordogne | Contacts |
1986 |
| Shenzhen | Vienne | Accord de coopération | 1994 |
| Zhanjiang | Nantes | Contacts |
1987 |
| Guangxi | Poitou-Charentes | Lettre d’intention | 1998 |
| Protocole de coopération | 2002 | ||
| Hainan | |||
| Haikou | Nazaire | Jumelage ![]() |
1982 |
| Sanya Saint | Cannes | Contacts | 1997 |
| Guizhou | Lozère | Partenariat | 2001 |
| Hebei | Hauts-de-Seine | Accord de coopération | 1999 |
| Chengde | Versailles | Contacts | 1999 |
| Handan | Haute Vienne | Accord d’amitié | 1988 |
| Qinhuangdao | Dunkerque | Lettre d’intention | 1998 |
| Wanxian | Venissieux | Non précisé | 1988 |
| Heilongjiang | |||
| Harbin | Aix-en-Provence | Contacts | 1999 |
| Henan | Saône-et-Loire | Accord de coopération | 1990 |
| Luoyang | Tours | Jumelage | 1982 |
| Hubei 1 | Lorraine | Protocole d’accord | 1987 |
| 2 | Aquitaine | Contacts | 1995 |
| Wuhan | Bordeaux | Protocole d’accord | 1995 |
| Yichang | Valenciennes | Protocole de partenariat | 1998 |
| Yichang | Metz | Jumelage | 1991 |
| Hunan | Centre | Protocole d’accord | 1988 |
| Changsha | Daoulas (Finistère) | Contacts culturels | 1991 |
| Jiangsu | Bourgogne | Jumelage | 1988 |
| Huaiying | Vénissieux | Jumelage | 1987 |
| Nankin | Alsace | Mémorandum d’accord | 1996 |
| Nankin | Hauts-de-Seine | Accord de coopération | 1999 |
| Suzhou | Grenoble | Déclar. de coopération | 1992 |
| Suzhou | Pays-de-Loire | Contacts | |
| Wujiang | Bourgoin-Jallieu | Jumelage | 1993 |
| Xuzhou | Clermont-Ferrand | Protocole d’intention | 1988 |
| Suzhou | Saint Etienne | Jumelage | 1984 |
| Jiangxi | Limousin | Contacts | 1999 |
| Jingdezheng | Sèvres | Accord de coopération | 1995 |
| Jilin | Picardie | Contacts | |
| Changchu | Montreuil | Contacts | 1995 |
| Liaoning 1 | Alsace | Mémorandum d’accord | 1996 |
| 2 | Lorraine | Contacts | |
| 3 | C.U. de Lille | Contacts | |
| Dalian | Le Havre | Accord de coopération | 1985 |
| Liaoyang | Pontoise | Protocole d’accord | 1986 |
| Panjin | Nevers | Contacts | 2002 |
| Mongolie | |||
| IntérieureBaotou |
La Rochelle | Contacts | |
| Pékin 1 | Ile-de-France | Accord de coopération | 1984 |
| 2 | Paris | Pacte d’amitié | 1997 |
| 3 | Nantes | Coopération technique | 1996 |
| Chongwen (district) | Issy-les-Moulineaux | Jumelage | 1998 |
| Fangshan (district) | Rueil-Malmaison | Jumelage | 1999 |
| Haidian (district) | Massy, Bures sur Yvette | Accord de coopération | 1994 |
| Yangqing (district) | Bourg-la-Reine | Protocole d’accord | 1995 |
| Shaanxi | Moselle | Contacts | 1989 |
| Baoji | Territoire de Belfort | Protocole d’intention | 2002 |
| Xi’an | Pau | Jumelage |
1986 |
| Xi’an | Versailles | Protocole d’amitié | 1998 |
| Xianyang | Le Mans | Pacte de partenariat | 2001 |
| Shandong | Bretagne | Accord de coopération | 1985 |
| Jining | Mulhouse | Charte d’amitié | 1996 |
| Zibo | La Roche sur Yon | Pacte d’amitié | 1991 |
| Qingdao 1 | Com. urbaine de Brest | Partenariat éco. et scientifique | 2002 |
| Qingdao 2 | La Rochelle | Contacts | 2002 |
| Jinan | Rennes | Accord de jumelage | 2002 |
| Yantai | Quimper | Contacts | 2002 |
| Shanghai 1 | Rhône-Alpes | Jumelage | 1986 |
| 2 | Orne | Contacts | 1995 |
| 3 | Marseille | Jumelage | 1986 |
| 4 | Picardie | Echanges culturels | 1999 |
| Shanxi | Auvergne | Contacts | 1989 |
| Changzhi | Briey (M &M) | Protocole de coopération | 1989 |
| Wutaishan | Mt St-Michel | Jumelage | |
| Pingyao | Provins | Projet de coopération | 2002 |
| Sichuan 1 | Languedoc Roussillon | Protocole de coopération | 1985 |
| 2 | Midi-Pyrénées | Protocole de coopération | 1985 |
| Chengdu | Montpellier | Jumelage | 1981 |
| Tianjin | Nord Pas de Calais | Accord de coopération | 1984 |
| Zhejiang | HauteNormandie | Accord de coopération | 1990 |
| Hangzhou | Nice | Accord de coopération | 1998 |
| Hangzhou | Picardie | Echanges culturels | 1999 |
| Shaoxing | Blois | Jumelage | |
| Ningbo | Rouen | Jumelage | 1990 |
La promotion de l’enseignement supérieur français en Chine
Je vous propose un entretien (audio) avec Philippe Racineux lors d'une émission sur la radio académique francophone.
Philippe Racineux, coordinateur de la présence française auprès de l’Université et de l’Enseignement supérieur en Chine.
Sont abordés dans cet entretien la genèse de la coopération, son volume, ses principaux pôles, ses évolutions, la promotion des établissements français en Chine avec Edufrance. Comment se passent les échanges. Quels sont les centres d’intérêt des chinois, ceux des français. La résolution du problème de la langue. La stratégie des grandes écoles. L’implantation de l’Ecole centrale, du CNRS, de l’INRA, de l’Institut Pasteur.
En conclusion : comment procéder pour étudier en Chine, en chinois :
http://www.canalacademie.com/La-promotion-de-l-enseignement.html
L'apprentissage du chinois plébiscité par les parents
LE CHINOIS n'est plus une langue rare dans les établissements scolaires de l'Hexagone. Depuis que les Français s'éveillent aux prouesses économiques de l'empire du Milieu, leurs enfants - collégiens, lycéens et même parfois écoliers - tirent la langue, pinceau en main, en calligraphiant des idéogrammes. Ils étaient moins de 4 000 en 2001, ils sont plus de 10 000 aujourd'hui. Le chinois a littéralement détrôné l'arabe, l'hébreu, mais aussi le russe et le portugais. C'est la cinquième langue étudiée en France derrière l'anglais, l'espagnol, l'allemand et l'italien. Toujours plus incroyable : le chinois, la langue la plus parlée au monde, est présent dans presque toutes les académies (sauf à Limoges et en Corse), il est même enseigné dans 15 écoles primaires. Résultat ? Alors que les autres langues voient le recrutement de leurs enseignants diminuer, 12 postes seront ouverts au Capes en 2007 contre huit l'année dernière.
Pour y voir plus clair, Gilles de Robien, le ministre de l'Éducation nationale, a même nommé en février dernier, le premier inspecteur général de chinois, Joël Bel Lassen. Ce chercheur, professeur de chinois, a longtemps sévi à Jussieu, à l'École alsacienne et enseigne toujours aux Langues orientales. « Commençons par tordre le coup aux clichés, s'enflamme-t-il, l'enseignement du chinois n'est pas confiné aux quartiers chinois de Paris. Au contraire. Pour comprendre l'engouement des parents, il faut savoir que cette langue est réellement porteuse d'insertion professionnelle. Il ne s'agit pas d'un simple effet de mode. Le même engouement existe aux États-Unis, au Vietnam ou ailleurs en Europe. »
Jean-Pierre Lorenzati, proviseur du lycée Jacques-Descour à Paris, vice-président de l'Association des professeurs de chinois, lui-même sinologue, marié à une enseignante chinoise, est du même avis. « Les motivations des parents sont effectivement essentiellement économiques. Mais, prévient-il, malgré tout, apprendre le chinois est une grosse affaire, ça demande un travail quotidien très soutenu. » Dans son établissement, 223 élèves apprennent le chinois grâce à quatre enseignants, de la classe de 4e aux classes préparatoires aux grandes écoles. Chaque année, il envoie des élèves à Pékin. Philippe Tournier, proviseur du lycée Marcelin-Berthelot à Saint-Maur (Val-de-Marne), est lui aussi passionné par le phénomène. « Le quart de mes élèves de seconde font du chinois. Pour leurs parents, c'est parfois une façon de contourner la carte scolaire, mais ils éprouvent surtout une réelle curiosité pour ce pays dont ils pressentent les débouchés. »
Les Chinois ont compris que leur langue avait chez nous le vent en poupe. Il y avait la semaine dernière, à Paris, 15 universités chinoises au Salon de l'éducation. Une opération séduction d'un genre nouveau, qu'explique un chargé de mission du ministère chinois de l'Éducation « Nous proposons à de jeunes Français de venir étudier un ou deux semestres en Chine. Comme les entreprises françaises sont maintenant très présentes, ils peuvent souvent travailler pour financer leur séjour. » De quoi effectivement attirer de futurs étudiants.
CHRISTINE DUCROS
15/10/2007

